Chronique N°8 : tu fais quoi ?

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Image pixabay : stay-at-home-4956906_640

Pour vous éviter de tomber dans le piège de la-question-qu’il-ne-faut-plus poser, sous peine de se faire raccrocher au nez, insulter, ou pire, détailler par le menu la journée-type du confiné, et là vous l’auriez bien cherché, voici le tour d’horizon de ce que beaucoup font.
– Visionner pour la 150ème fois la rediffusion du bêtisier de l’année, de la finale de la coupe du monde 1998, au point de connaître par cœur toutes les phases de jeu et d’être capable de les décrire en commençant par la fin. Si, en plus, vous commencez à trouver de l’intérêt aux programmes éducatifs sur Gulli, c’est que vous avez passé un cap.
– Confectionner votre cinquante-huitième gâteau, comme votre voisin, le voisin de votre voisin, le voisin de votre voisin de votre voisin… Provoquant une rupture des stocks de farine. En plus, vous ne pourrez plus rentrer dans votre maillot de bain. Alors on arrête de faire des tartes avec de la farine, du sucre, du beurre, et on ne garde que les fruits… On fait une salade de fruit, alors ? Oui, c’est ça, c’est très bon la salade de fruits.
Faire du sport, comme on en a jamais fait depuis des années. On se découvre amateur de course, de marche sportive, suédoise, en crabe. On en crache ses poumons sans aucune protection, et quand le masque sera obligatoire, certains le mettront même pour aller dans leur jardin.
– Jardiner. Vous avez remarqué comme c’était une fausse bonne idée ? On a fait l’inventaire de ses outils, graines, boutures. Et on s’est arrêté là car on n’avait rien à planter. J’avais enlevé les plantes mortes des jardinières de mon balcon, et le week-end suivant, les magasins étaient fermés. Enfer et Plantation, j’ai un gros trou dans ma haie !
– Partir en vacances. Si vous êtes tenté, vous pouvez toujours faire votre valise et vous inventer un trajet dans votre maison. On part de l’entrée, on passe par la salle de bain « je n’en peux plus de cette humidité, ça va nous faire du bien un peu de soleil », on bifurque vers le salon, où vous aurez auparavant regroupé toutes les chaises de la maison : « Je t’avais bien dit qu’en partant si tard on tomberait dans les bouchons !» « On arrive quand ? » « Je dois faire pipi ! ». Direction les toilettes : « ça pue ! » «C’est la campagne ma chérie ». Pour plus de réalisme, et si vous le pouvez, échangez les chambres. Attention, si vous laissez la suite parentale à votre adolescente de 16 ans, ne prolongez pas trop l’expérience… Pendant une semaine, vous devrez vous astreindre au rosé à l’apéro, aux salades, aux glaces si vous en avez trouvées, réduire le ménage au minimum et proscrire les lessives. Et quand vous « rentrerez », vous pleurerez sur la balance, vous vous plaindrez de la montagne de repassage… Comme dans la « vie d’avant de quand on pouvait sortir. »
– Ne rien faire. Il ne s’agit pas de brasser du vent ou de s’agiter en tous sens pour se convaincre que l’on est occupé, non il s’agit ne ne rien faire pour de vrai. Au besoin, faites appel à un ami, un aïeul, un rentier, toute personne qui, en total lâcher-prise, sait laisser passer le temps.
Assis, couché, accoudé, comme il vous plaît, le summum est de ne penser à rien, et de trouver ça bien.

Bref, comme aurait pu le chanter Renaud, c’est pas l’homme qui prend le temps, c’est le temps qui prends l’homme. Moi le temps il m’a pris, en confinement, tant pis.

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