Les chroniques du confinement

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Chronique n°1 : Qu’il est doux d’être confiné

Être confiné, c’est ne plus aller travailler. Moi j’ai vu les manifestations contre le travail pénible, précaire, qui nous vole nos plus belles années et voudraient s’immiscer au-delà de nos 60 ans. Alors, qui s’en plaindrait ?
Être confiné, c’est ne plus faire les magasins. Plus de tentation, plus de surconsommation, et une nouvelle occupation : partir en exploration dans les placards. Et si on organisait une chasse aux trésors ?
Être confiné, c’est passer du temps avec son conjoint et ses enfants. Redécouvrir la joie des activités en commun, les jeux de société, la cuisine, le soutien scolaire, le jardinage, le ménage… Aïe, aïe, aïe, n’est-ce pas trop chouette la vie en famille ?
Être confiné c’est lire tous les livres, regarder tous les films, finir le puzzle, le tricot, la peinture de la chambre du petit dernier… Qui refuserait un telle parenthèse dans la folie du quotidien ?
Être confiné, c’est réinventer ses journées, réinvestir l’ennui, retrouver le cocon familial.

Elle est pas belle la vie ?

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Chronique n°2 : Exploiter toute activité

Ne bradez pas vos activités ! Savourez-les et, comme un bonbon qu’on laisse fondre, faites-les durer.
Vous aviez compté vos doigts ? Mettez les éventail et comptez les inter-doigts. Je vous laisse réfléchir au résultat que vous devriez atteindre. Attention, il s’agit de compter, et non d’observer : pas de tâche suspecte, ni de grosseur naissante, ni d’ongle de travers. Je vous parie un camembert que vos doigts de pied sont identiques à l’avant-confinement.

Vous vous êtes levé ce matin plein d’entrain pour faire un peu de sport ? Comment faire du step sans escalier ? Voici quelques pistes qui vous occuperont, avantage non négligeable, quelques minutes :
– Demandez à votre conjoint ou à vos enfants, selon la hauteur désirée, de servir de marche. Pour être certain de n’abîmer personne, visionnez des « tuto fakir ».
– Vous avez des sacs sous-vides ? Remplissez-les des couettes et manteaux d’hiver, aspirez l’air, et vous aurez des blocs bien compacts.
– Vous avez quelques planches ? Vous avez en prime la perspective d’un atelier familial ! L’un scie, l’autre cloue, colle, visse, et les enfants décoreront avec tout ce que vous trouverez comme peinture, à l’huile à l’eau, ha la la, c’est trop chouette ! Et puis, à la fin du confinement, vous pourrez le revendre comme un article collector, témoignage de cette drôle d’époque. Si, si, vous verrez, il y aura un marché de la marche do it yourself  !
– Vous pouvez aussi faire des piles avec la vaisselle de belle-maman. Avec de bonnes chaussures renforcées, la séance sera courte, mais ça peut faire un bien fou.
Bref, sautez, courrez, dansez, ça vide la tête et laisse la place pour de nouvelles idées.

A bientôt !

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Chronique n°3 : Renouveler ses occupations

La dernière fois on comptait ses doigts. Aujourd’hui, si vous avez un ado en pleine puberté sous la main, vous pouvez compter ses boutons d’acné, avec un double bénéfice : ça prend beaucoup plus de temps et ça le décroche de son écran.

Si vous êtes en télétravail, n’oubliez pas de vous y mettre quelques heures par jour. Une semaine après le confinement, vous devriez être à jour de vos mails, même ceux que vous aviez consciencieusement délaissés, voire archivés en espérant ne jamais les traiter. Vous allez pouvoir, dès lors, vous plonger dans les dossiers de fonds. Pour faire durer l’occupation, autorisez-vous une certaine procrastination. Et vous voilà en train de rêver à un verre en terrasse avec quelques amis.

Comment conserver quelques relations sociales ? Ce vis-à-vis qui vous semblait si proche, qu’on avait l’impression de pouvoir se passer le sel, est l’occasion d’inviter son voisin à un apéro, à un repas d’entre-toit. Ça vaut aussi pour les jardins mitoyens. Au début, chacun sortira sa bouteille et ses cacahuètes, on s’échangera des banalités. Puis on se confiera et on se mettra d’accord sur un menu commun. Ce sera l’occasion de tester plein de recette de pâtes, vu les stocks qui ont été faits.Voici quelques idées :
– Des pâtes farcies aux pâtes, des pennes dans des cannellonis, des fusillis dans des rigatoni… Ce sera long à faire, sans aucun intérêt sauf si vous vous lancez dans le concours du plus rapide à enfiler les pâtes.
– Un gratin de pâtes : une couche de lasagne, une couche de raviolis, une couche de lasagne, une couche de coquillettes, une couche de lasagne parsemée de vermicelles.
– Une pâtiflette (croziflette, spaghiflette, macaroniflette) ; Une pâtatouille avec les légumes glanés dans votre frigo, et patati et patata.
– Les pâtes flamandes, bourguignonnes, le curry de pâtes…. Peu importe la sauce pourvu qu’on ait les pâtes.
– Une infusion de pâtes, recette spéciale radin ou écolo de l’extrême. Très généralement on jette l’eau de cuisson. Erreur ! Surtout si vous l’avez agrémenté d’aromates ou de bouillon. Vous pouvez boire cette eau infusée et savourer le fumet délicat des pâtes…

Vous pouvez aussi imaginer des recettes sucrées car il vaut mieux être bonne pâte que tarte.

A bientôt !

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Chronique n°4 : Arrive le week-end

Comment faire pour ne rien faire, différemment de la semaine écoulée ? Tout d’abord on vaque aux activités habituelles du week-end :
– Le ménage. Si vos enfants arrivent en courant avec un chiffon à la main, réjouissez-vous car on ne sait pas si ça durera, et remisez dans un coin de votre tête l’alerte qui clignote « ado en implosion ! ado en implosion ! Laissons ça pour lundi.
– Les courses. Vous avez fait votre liste et vous apprêtez à sortir quand vous sentez qu’on s’est accroché à votre jambe « Pitié, laisse-moi y aller à ta place ! » Vous allez devoir choisir qui a le plus besoin de prendre l’air de vous ou votre conjoint. D’un côté vous avez en tête le beurre salé au lieu du beurre doux, l’après-shampoing à la place du shampoing, le navet qui ressemble quand même très fort au choux-blanc, admets-le… Et de l’autre, vous vous dites que les rayons en magasin ne sont plus autant achalandés, alors, s’il se trompe, c’est qu’il a pris ce qu’il y avait.
Voilà, il est 13h ce samedi et vous avez fini tout ce qui vous prend la journée habituellement. Il ne vous reste plus qu’à ne rien faire dans votre jardin, votre bain, à lancer un concours de fesses incrustées dans la canapé, et le dernier qui se lève a gagné. Relâchez tout, laissez votre esprit vagabonder, si vos paupières se ferment, ne luttez pas.

Chuuut, c’est le week-end.

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Chronique n°5 : C’est reparti pour une quinzaine !

Passées la surprise et la désorganisation, une nouvelle routine s’est installée. Heureusement, des événements viennent à notre rescousse pour la secouer.
Le premier avril, et son lot de blagues en tous genres ; Celles qui arracheront un sourire, celles qui feront franchement rire, et toutes celles à proscrire, sauf à vouloir des cris et des pleurs, voire une demande de divorce dans l’heure.
Pâques, car « Pâques à la maison, activités à foison. »
– Pâtisser jusqu’à épuisement de la farine et du chocolat, ou indigestion à force de goûter.
– Tresser des paniers en papier, carton, rotin du salon de jardin,… Oups.
– Dessiner sur les coquilles d’œufs, les feuilles des vieilles attestations de sortie, les carreaux salement marqués par le chiffon qu’ils avaient, les charlatans, garanti « sans laisser de traces ». Laisser libre cours à son imagination : « Il est très réussi ton râteau. »« Mais tu vois bien que c’est un oiseau ! » …
Étant acquis que Pâques se passera au mieux au balcon, et indéniablement à la maison, autant que ce soit énorme, amazing, a lo grande… Des festivités qui valent tous les carnavals écourtés, les festivals annulés, les ferias reportées.

A bientôt !

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Chronique : 6 : Le Petit Virus

C’est un petit virus
Que j’avais ramassé
Il était tout en pleurs
Dans l’postillon d’ma sœur
Quand il m’a vu trop près
il s’est mis à crier
Monsieur essuyez-moi
Chez vous amenez moi
Mes frères m’ont oublié, je suis tombé, je suis malade
Si vous n’me reniflez point, je vais mourir, la galéjade
Je me ferai petit, tendre et soumis, je vous le jure
Monsieur, je vous en prie, délivrez-moi de ma torture ».

J’ai pris le p’tit virus
L’ai mis dans mes sillons
J’ai dit:  » Faut pas qu’il meure,
Viens-t’en dans ma maison ».
Alors le p’tit virus
S’installe dans mes poumons
Sur le bord de mon coeur
Y avait une chanson.
Mes jours, mes nuits, mes peines, mes deuils, mon mal furent décuplés;
Ma vie de confiné, j’avais dégoût d’la r’commencer,
Quand il pleuvait dehors ou que ma toux faisait des siennes,
J’prenais mon p’tit virus et j’lui disais: « C’est pas ma veine ».

Mon virus a fleuri,
Il a fait des bourgeons.
C’était pas l’paradis,
Ça s’voyait sur mon front.
Or un matin d’avril
Que j’sifflais ce refrain,
Mon virus s’est transmis
Sans me donner la main.
J’eus beau le supplier, le cajoler, lui faire des scènes,
Lui montrer le grand trou creuser pour les gens qui se meurent
Il s’en allait toujours, la tête haute, sans joie, sans haine,
Partait contaminer d’autres personnes d’autres demeures.

J’ai bien pensé mourir
D’asphyxie et d’ennui,
J’avais cessé de rire
C’était toujours la nuit.
Il me restait l’oubli,
Il me restait l’mépris,
Enfin que j’me suis dit:
« Il me reste la vie ».
J’ai repris mon bouillon, mon lit, mon souffle, mon pyjama,
Et je ‘m’bats contre lui comme des milliers de malheureux.
Aujourd’hui si j’guéris, je ne sortirai plus d’chez moi,
Je fais de grands voyages, simplement en fermant les yeux…(Bis).

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Chronique 7 : L’ami l’Ennui

J’étais tranquillement chez moi, la porte d’entrée étoilée de toiles d’araignée. Je n’avais plus de porte de sortie. Je tourne la tête et qui je vois ?
L’ami l’ennui.
Il a commencé par visionner toutes les rediffusions à la télévision. Il m’a regardé de ses yeux sans expression… On mange quoi ?
Tes doigts !
Enervée, je me suis levée pour me préparer un en-cas, et qui je trouve le nez dans le placard à provisions ?
L’ami l’Ennui.
Il squatte et mange comme quatre. Ça m’est restée sur l’estomac. Du coup, je suis allée me coucher. Qui je découvre au matin dans mes draps ?
L’ami l’Ennui.
Et pas moyen de l’extirper du lit !
S’il pleut, ça le déprime
S’il fait beau, ça le déprime

L’ami l’ennui colle comme un chewing-gum
L’ami l’ennui saoule comme une bouteille de rhum
L’ami l’Ennui est plus puant qu’un géranium

Mais aujourd’hui j’ai décidé de réagir : Bouger, rêver, ne rien faire par distraction.
L’ami l’Ennui,
je vais devenir ton pire ennemi

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Chronique 8 : Tu fais quoi ?

Pour vous éviter de tomber dans le piège de la-question-qu’il-ne-faut-plus poser, sous peine de se faire raccrocher au nez, insulter, ou pire, détailler par le menu la journée-type du confiné, et là vous l’auriez bien cherché, voici le tour d’horizon de ce que beaucoup font.
– Visionner pour la 150ème fois la rediffusion du bêtisier de l’année, de la finale de la coupe du monde 1998, au point de connaître par cœur toutes les phases de jeu et d’être capable de les décrire en commençant par la fin. Si, en plus, vous commencez à trouver de l’intérêt aux programmes éducatifs sur Gulli, c’est que vous avez passé un cap.
– Confectionner votre cinquante-huitième gâteau, comme votre voisin, le voisin de votre voisin, le voisin de votre voisin de votre voisin… Provoquant une rupture des stocks de farine. En plus, vous ne pourrez plus rentrer dans votre maillot de bain. Alors on arrête de faire des tartes avec de la farine, du sucre, du beurre, et on ne garde que les fruits… On fait une salade de fruit, alors ? Oui, c’est ça, c’est très bon la salade de fruits.
– Faire du sport, comme on en a jamais fait depuis des années. On se découvre amateur de course, de marche sportive, suédoise, en crabe. On en crache ses poumons sans aucune protection, et quand le masque sera obligatoire, certains le mettront même pour aller dans leur jardin.
– Jardiner. Vous avez remarqué comme c’était une fausse bonne idée ? On a fait l’inventaire de ses outils, graines, boutures. Et on s’est arrêté là car on n’avait rien à planter. J’avais enlevé les plantes mortes des jardinières de mon balcon, et le week-end suivant, les magasins étaient fermés. Enfer et Plantation, j’ai un gros trou dans ma haie !
Partir en vacances. Si vous êtes tenté, vous pouvez toujours faire votre valise et vous inventer un trajet dans votre maison. On part de l’entrée, on passe par la salle de bain « je n’en peux plus de cette humidité, ça va nous faire du bien un peu de soleil », on bifurque vers le salon, où vous aurez auparavant regroupé toutes les chaises de la maison : « Je t’avais bien dit qu’en partant si tard on tomberait dans les bouchons !» « On arrive quand ? » « Je dois faire pipi ! ». Direction les toilettes : « ça pue ! » «C’est la campagne ma chérie ». Pour plus de réalisme, et si vous le pouvez, échangez les chambres. Attention, si vous laissez la suite parentale à votre adolescente de 16 ans, ne prolongez pas trop l’expérience… Pendant une semaine, vous devrez vous astreindre au rosé à l’apéro, aux salades, aux glaces si vous en avez trouvées, réduire le ménage au minimum et proscrire les lessives. Et quand vous « rentrerez », vous pleurerez sur la balance, vous vous plaindrez de la montagne de repassage… Comme dans la « vie d’avant de quand on pouvait sortir. »
– Ne rien faire. Il ne s’agit pas de brasser du vent ou de s’agiter en tous sens pour se convaincre que l’on est occupé, non il s’agit ne ne rien faire pour de vrai. Au besoin, faites appel à un ami, un aïeul, un rentier, toute personne qui, en total lâcher-prise, sait laisser passer le temps.
– Assis, couché, accoudé, comme il vous plaît, le summum est de ne penser à rien, et de trouver ça bien.

Bref, comme aurait pu le chanter Renaud, c’est pas l’homme qui prend le temps, c’est le temps qui prends l’homme. Moi le temps il m’a pris, en confinement, tant pis.

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Chronique 9 : Sac de survie

Là, comme ça, sans réfléchir, citez 3 produits de 1ère nécessité… Ce sont les produits en rupture de stock, non ?
– La farine. Lorsque Christophe Colomb partit découvrir les Indes, il prit sa boussole et des tonneaux de farine, car il est de notoriété que le scorbut est dû à une carence de gâteau.
– Le PQ. La population mondiale a connu un essor considérable grâce à la démocratisation du PQ dans les années 60. Avant, nos pauvres aïeux mouraient d’occlusion intestinale car, ne disposant pas de rouleaux de papier molletonné et parfumé, ils n’osaient point se soulager. Seuls les pauvres s’en sortaient, mais eux, c’est de faim qu’ils décédaient.
– Les pâtes. Ne serions-nous pas en train de confondre entre produit de 1ere nécessité et denrée non périssable ? Aucun médecin n’a jamais prescrit un régime à base de pâtes, sauf à considérer le sport de haut niveau comme une maladie.
– Le savon. Nous avons redécouvert le plaisir de se laver les mains, l’eau qui coule, le savon qui mousse et la bonne odeur de propre. Mais la propreté n’a pas d’odeur, c’est juste un conditionnement de nos cerveaux ramollos qui associent le citron à la désinfection des toilettes, la lavande au soin du linge, etc. Pourquoi une odeur naturelle n’est pas associée à l’hygiène ? La nature est-elle sale ? A-ton jamais entendu parler d’une plante tombée malade car elle ne se lave pas ? « Dis donc, ils ne sont pas en forme tes rosiers ! » « Ne m’en parle pas ! Pas moyen de convaincre mes fleurs de faire leur toilette avant de se refermer pour la nuit ! Résultat, c’est bouillon de culture et au matin les pétales sont tout flétris. » C’est cela, oui.
– Il y a aussi les produits de 1ere nécessité à géométrie variable, tels que la barbecue. Si vous souhaitez l’acheter en magasin spécialisé, ils sont fermés, mais dans la grande distribution, il vous sont proposés en rayon qui se gondole.
– Et les fruits et légumes direz-vous ? Ce ne sont pas des produits de 1ere nécessité, mais des achats solidaires envers les agriculteurs. Et là, je pose la question : qui mourra en premier de faim ? Le citadin, billets à la main, devant les rayons vides des magasins, ou le paysan, sans argent, dans son champ, avec ses poules, ses vaches et ses lapins ?

Alors si être en guerre, c’est applaudir à 20h sur son balcon tout en buvant l’apéro, on est prêt pour une invasion extraterrestre de plancton écervelé.

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Chronique 10 : Objectif 11 mai

ça y est, c’est annoncé, dès le 11 mai on fait ce qu’il nous plaît. Et déjà nous nous voyons aller voir les amis, la famille, et revoir belle-maman tous les dimanches midi.
On court emmener les enfants à l’école, et on n’ira pas les chercher : Allô ? Oui, je suis la maman d’Hugo, ah non, non, j’ai fait votre boulot pendant 2 mois, à votre tour de me remplacer.
On retourne en ville faire du lèche-vitrine, acheter tous les indispensables dont on a dû se passer pendant 2 mois, tels le tire-crotte de nez pour chat ou l’arrosoir avec bec verseur réglable. On fait l’acquisition d’un kit de conversation urbain, constitué d’un siège pliable design, d’une mini-ardoise magique pour écrire un menu, et d’une petite bouteille réfrigérée à remplir avant de partir. Vous êtes ainsi équipé pour une terrasse improvisée, en attendant la réouverture des cafés.
On prend RDV chez le coiffeur. Ha la la, c’est qu’on s’en est fait des cheveux en voyant sa tête tous les matins !
On part en week-end, en semaine, en quinzaine.
On va se rouler sur les pelouses des parcs et jardins, et accessoirement dans les cacas de chien.
On remise les moules à gâteau, les baskets, car après réflexion, le jogging c’est très surfait.
On refait la crise, on réécrit l’histoire : et si j’avais été Président, et si on avait été confiné avant, autrement, et si les poules avaient des dents, on aurait peut-être attrapé la rage.
On retrouve sa routine : Aller au boulot, râler sur le trajet ; Aller en réunion, râler que c’est trop long : Aller au restaurant d’entreprise, râler que c’est pas bon. Rentrer et décompter les jours jusqu’aux prochaines vacances.

Mais au fait, vous faites quoi jusqu’au 11 mai ?

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Chronique 11 : Le Citoyen et le Virus

Le Citoyen, las d’être confiné
Tenait dans sa main un bagage
Maître Virus, par l’idée attiré
Lui tint à peu près ce langage
Et bonjour, Monsieur Citoyen
Vous êtes en bonne santé ! Que vous vous portez bien !
Sans mentir, si votre voyage
Se rapporte à votre entourage
Vous êtes le Phénix de ceux que l’on côtoie
À ces mots Citoyen ne se sent pas de joie,
Et quitte sa maison où il est à l’étroit
Il ouvre grand la porte, d’une toux est la proie
Le Virus le saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que maladie
Devient épidémie grâce aux fous sur la route
Cette leçon vaut bien une pandémie sans doute
Le Citoyen honteux, confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus..

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Chronique 12 : Et après ?

Maintenant que le déconfinement se profile, se pose la question : Est-ce que ce sera mieux avant ?
Il y a ceux qui préféraient l’insouciance de pouvoir sortir à loisir, au risque d’être importunés par un SDF, ces chanceux qui peuvent actuellement rester dehors autant qu’ils veulent, puisque la rue c’est chez eux ; Ou d’être détroussés par un pickpocket, pauvre profession touchée de plein fouet par la crise.
Il y a ceux qui, à peine habitués à vivre confinés, se disent qu’ils vont encore être confrontés au changement. Rassurez-vous, avec un peu de chance on connaîtra un nouveau pic rapidement. Ne chamboulez pas tout immédiatement.
Il y a ceux qui avancent confiants, car ils y voient l’opportunité d’améliorer le monde. Hum, c’est à dire ?
– Vivre dans un monde plus solidaire, où on revient à l’essentiel. Des milliards pour la santé ; Quoi, il n’était pas suffisant de les applaudir ? Des salaires revalorisés pour les caissières, les éboueurs, etc ; Quoi, moi, qui ai fait Bac +5 en pipologie, ne serais pas mieux payé que ces gens-là ? Maintenir les solidarités de proximité ; Ok, mais moi maintenant je dois retourner bosser.
– Mettre le respect de la nature au cœur de notre mode de vie. Moi, j’ai un composteur d’intérieur, et je dois.prendre ma voiture pour aller acheter de l’accélérateur de compost. Moi je veux bien consommer local, mais il n’y a pas de producteur d’ananas près de chez moi ; Et l’ananas est indispensable à mon régime minceur. Moi je veux bien consommer moins, mais ce qui est déjà produit sera perdu, non ? Si ils consomment, je fabrique. Et s’ils le vendent, pourquoi ne pas l’acheter ? Arghhh !
– Travailler autrement. A bas les open-spaces, vive le télétravail ! A bas les séminaires, vive les webconférences, à bas radio-moquette, vive le chat-cancan. A bas la « réunionnite », vive l’efficacité ; Certains vont avoir du mal à justifier de leur utilité.
Et puis il y a tous ceux qui s’en fichent, car la seule chose qui les importe est de savoir où ils pourront partir en vacances cet été.

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Chronique 13 : J-15

Dans 15 jours c’est la quille, la libération, concert de klaxon et java dans les rues. Dans 15 jours j’arrête les apéro solo, les gâteaux, les abdos dans mon studio. Dans 15 jours je serai de tous les attroupements, manifs et commémorations, on s’enverra des bisous du bout des doigts, et on s’applaudira car on sera content d’être là. Dans 15 jours, je range mon puzzle, dommage je venais juste de finir de trier les couleurs et trouver les 4 coins parmi les 35 pièces. Dans 15 jours je remise ma garde-robe de printemps, « miroir mon beau miroir étais-je jolie dedans ? » et je sors les vêtements d’été, tout le monde pourra alors apprécier mes rondeurs de confinement . Dans 15 jours je sors faire le plein d’essence, si ma voiture démarre. Dans 15 jours je fais un collier de pâtes avec tous les fonds de paquets, bonne fête maman ! Dans 15 jours, je cours les magasins, car j’en ai marre de n’avoir besoin de rien. Dans 15 jours j’appelle le plombier pour fermer un robinet. Dans 15 jours je décrète fête nationale la fête des voisins. Dans 15 jours j’irai là-bas, ailleurs, masquée, cagoulée, en scaphandrier s’il le faut, pour le seul plaisir de pouvoir rentrer chez moi.

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Chronique 14 : Un amour de confinement

Connaissez-vous l’impact méconnu de la sur-mobilisation des personnels de santé ? L’amour.
A force de sortir tous les soirs sur son balcon, il a été observé un rapprochement entre certains voisins. Ce fut d’abord un léger sourire, puis un vague hochement de tête, un timide bonsoir. Au bout de quelques jours, un début de conversation s’est engagé, des banalités. S’en sont suivis des échanges sur des sujets plus variés, la santé des proches, les activités de confinement, les projets avortés ou encore d’actualité. Ils se retrouvent avec plaisir pour discuter. Elle trouve le voisin charmant, il aime son sourire lumineux, il a une voix qui vient des tréfonds de la séduction, elle a des yeux irrésistibles quand ils pétillent. Ils attendent avec impatience l’heure des applaudissements. Ils prolongent l’instant, chacun s’attable sur son côté de balcon. Ils sortent de plus en plus tôt, profitent du beau temps pour rentrer de plus en plus tard. Et si on se faisait une soirée italienne ? Pâtes ou pizza, Lambrusco ou San Pellegrino. Il a même acheté une fleur qu’il a accroché à la grille qui sépare leurs extérieurs. A 20h, ignorants de la France des JT qui a peur, ils sentent battre leur cœur. Ils réinventent la carte du tendre. Mais leurs pensées, leurs regards trahissent leur envie de passer le pas de la porte et de la passion charnelle. Au déconfinement, l’amour prendra ses quartiers d’été ou des quatre saisons.

Merci les soignants.

Pour marque-pages : Permaliens.

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